Le 1er juillet 2015, Les Amis de La Hune deviennent Les Amis de La Ex Hune telle qu’elle fut fondée par Bernard Gheerbrant, rachetée par Flammarion, revendue par Gallimard.

Après une pseudo-réouverture, quelques réactions:

La ex-Hune,

On ne l’exhume pas, en l’exaltant, en exultant.

Elle exhale alors des relents de morts-vivants.


PROPOS RECUEILLIS SUR LES LIEUX:

 

Un élu:
« On avait parlé d’une librairie de 60m2: à première vue, les livres n’en occupent qu’à peine 50. »

 

Un libraire:
« Ça, une librairie? Relisons les termes de la loi Lang. Depuis quand une librairie vend-elle les ouvrages d’un seul éditeur et ne peut en commander aucun autre? Une amie a voulu obtenir ici La Chambre Claire de Roland Barthes: il lui a été répondu que La Hune ne travaillait plus désormais qu’avec teNeues, un éditeur allemand: « c’est un parti pris » a renchéri le vendeur. »

 

Un habitant du quartier:
Il parait que pour préserver La Hune comme librairie générale, La Mairie de Paris  avait octroyé un loyer on ne peut plus préférentiel. Suite au rachat, ce bail avantageux profite désormais à  la chaine Yellow Korner, qui n’en a pas besoin, et à un éditeur allemand, qui n’y a pas droit: en effet les contribuables parisiens doivent-ils, même indirectement, subventionner une édition étrangère?

 

Un amateur de photos:
« L’espace galerie est sans conteste le plus réussi de la nouvelle proposition. Quand aux tirages proposés, ils ne sont guère renseignés: rien n’est dit du papier utilisé, de l’impression argentique ou numérique, des recadrages éventuels… Les prix m’en  paraissent plutôt élevés, comparés à ceux pratiqués ailleurs et évidemment  sur le Net ».

 

Un ancien client:
« Ils prétendent ressusciter La Hune. Or ils l’inaugurent un 2 novembre, le jour des morts. L’invitation est à l’avenant: bordée de noir, c’est un avis de décès. D’ailleurs, sur place, le noir est partout: on entre dans un caveau. Décidément rien à faire contre la mémoire du lieu: avant guerre, on y vendait des articles funéraires. On pourrait rêver meilleurs auspices pour une résurrection! »
Emplacement de La Hune rue de l'Abbaye avant guerre.
Emplacement de La Hune rue de l’Abbaye avant guerre.

Denis Gheerbrant :
Quand la marchandise usurpe, avec l’enseigne d’une célèbre librairie, l’oeuvre de toute une vie

La Hune va être vendue à un commerce de reproductions photographiques à l’esthétique « poster », YellowKorner. La Hune, ses murs mais aussi son nom, ce nom dont mon père avait baptisé ce qui était une première du genre, une librairie-galerie, réunissant l’avant-garde de la littérature et de la gravure. « Le projet des repreneurs est de maintenir une activité de librairie-galerie, en conservant notamment « La Hune » qui en fait son identité depuis 1949 et de développer un projet culturel unique en son genre » a-t-il été dit sur France télévision le 5 février 2015. Pour le reste, « il n’y a pas de commentaire à faire ».

Qu’on m’en permette un, néanmoins. Un nom est attaché à une identité. De quelle identité parle-t-on ? Celle d’un lieu qui par le travail et la personnalité de mon père, de ma mère et de toute une équipe, était devenu non seulement un observatoire mais une référence de la vie littéraire et artistique parisienne au moment même de son plus beau rayonnement ? Ou celle d’un « projet culturel unique en son genre » ? De quel genre parlez-vous ? Tête de gondole du projet de développement de YellowKorner qui porte sur la création de 500 boutiques ? Et pourquoi pas 500 petites « Hunes » ?

Je m’étonne que des maisons porteuses de sens comme Gallimard et Flammarion, avec la caution d’un éminent représentant du monde des affaires et de la vie culturelle, puissent alimenter de tels rêves. Que les commerçants commercent, soit, mais pas sous le nom dont mon père a fait un symbole. Pour ma mère, mes enfants et moi-même, pour tous ceux pour qui le mot culture n’est pas synonyme de marchandise, c’est un cauchemar. S’il faut lui donner un nom, ce sera celui d’usurpation.

Denis Gheerbrant,
fils de Bernard Gheerbrant, fondateur et animateur pendant trente ans de La Hune
dans Le Monde du 19 mars 2015

La Hune,
ils ont racheté son nom,
ils n’ont n’a pas racheté son âme,
ni son histoire.
Ce qui fut, ne sera plus.
Ce qui a été, s’en est allé
de ce coin de rue.